Hier soir, Maison de la culture de Grenoble. Dans l'auditorium comble, s'élève la voix de Jean-Louis Trintignant, ponctuée par les soupirs mélancoliques d'un accordéon tendre, épousant les vibrato d'un violoncelle ardent. Une heure et quart au rythme cotonneux de cette voix tendue et grave, qui contient dans son atonie toute la sensibilité d'un être humain qui a déjà parcouru un bon bout de chemin, croisé l'extase, épousé ses rêves, cotoyé l'impensable tristesse. Tout est dans cette voix tenue, cette silhouette forte et fragile presque immobile, et cependant vibrant de vie.
Après le spectacle, je ne savais pas si j'avais juste dormi, rêvé, ou seulement si je m'étais envolée, légère, sur les ailes de ses accents graves. Je me souviens que je souriais, parfois, je hochais la tête en signe d'assentiment définitif, je fermais les yeux pour suivre les mots se déployer et caresser mon âme de leurs voiles intemporels, et puis je sentais là tout près mon amour vivant, tout ce vivant si fragile, si fébrile, extraordinairement simple.
Voilà, voilà ce que c'est la vie. Ce mélange de désastre et de perfection. Cette union du sentiment et de la distance.
Le soir, après avoir retrouvé notre ami Daniel, nous nous sommes glissés dans les coulisses. La silhouette du vieux lion se détachait dans le couloir vide. Je me suis avancée, et j'ai embrassé ce monsieur immense et simple, j'ai recueilli son sourire comme une grâce, avec dans mon coeur un doux et tendre respect.
Poèmes à Lou Mise en scène de Marie-Hélène Sarrazin Avec Jean-Louis Trintignant Musique Daniel Mille et Erik Satie Accordéon, arrangements et direction musicaleDaniel Mille Violoncelle Grégoire Korniluk
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