Paris est une fête
Dans mon coeur des cotillons
Pointillent l'horizon
Aux jours d'avant, une promenade en trois temps à travers Paris.
Temps 1.
La musique. La nuit tombée sur le sunside, Louis Winsberg s'amuse à la guitare à réinterpréter des chansons françaises qui n'en reviennent pas elles-mêmes de ne pas se reconnaître... Ira Coleman à la basse, rigoureux, sobre, les long doigts sensibles aussi au silence. Le batteur Stéphane Huchard garde le tempo.
Le lendemain, sous la toile du Cabaret Sauvage des jardins de la Villette, l'accordéon mène la danse, en trois ambiances. Musique contemporaine, je m'endors sur les tapis de l'avant-scène. Me réveille le déchirant coeur du tango dans le tempo-lente de Daniel Mille accompagné de deux merveilleux musiciens, au saxo et au violoncelle. Les yeux enfin grands ouverts à admirer les mains ailées du fils Chemirani au zarb, dans une musique de l'Est pleine d'accents slaves.
Temps 2.
La couleur, le jour. Les ballades à travers Paris. Aux alentours de la Bastille dormir sous les toits de la rue de la Roquette, quand j'étais petite j'allais rendre visite à ma mammie Zelda au bout de cette même rue, un appartement qui donnait sur la place Voltaire. Ma maman est née à l'angle, rue Popincourt, aujourd'hui c'est une courette fleurie... Qu'est-ce qui a vraiment changé au fond dans ce petit bout de quartier ? Pas grand-chose, l'odeur est la même, l'odeur et les couleurs. Mais avant, je ne sentais pas, je ne voyais pas.
Le Louvre. Pour la première fois je rentre dans le grand sanctuaire. Pas de queue, un guichet et hop le billet, c'est si facile aujourd'hui. La grande pyramide vibre sous le soleil et dans les corridors gigantesques se prélassent les plus belles étoiles de notre galaxie. J'ai souri à l'Odalisque sans lui compter les vertèbres. J'ai esquissé un salut à Monalisa, violée par les flashs d'appareils photos voyeurs et sans retenue. J'ai touché le flanc d'un sanglier géant, et caressé le sein de bronze d'une déesse. J'ai aimé la promenade parmi les saguines et les lavis d'Hubert Robert, peintre et architecte "ruiniste" du XVIIIème.
Les petits bistros gourmands, vers la Bourse. Drouot et ses enchères muettes pour cause de congés. Le passage et le joli hôtel Chopin caché au fond, tout près du musée de cire. Le Jardin des Vosges et celui du Palais Royal. Saint-Germain des Prés, de la rue Soufflot à la rue Saint André des Arts. Les puces de la Porte de Vanves et le tout nouveau tramway inauguré le même jour sous le regard concerné des habitants du quartier. Paris à pied, en métro, en bus, en voiture.
Temps 3.
La chambre au calme alors que le salon est rempli des bruits de de la rue jusqu'à très tard. Les caresses et le silence.
La nuit d'hotel et le silence. Un mur à nouveau entre deux, sans raison. La déraison d'un coeur arytmique. Entre l'agacement et le découragement, je dors.
Malgré les petites irritations, malgré ou grâce à ces agacements avortés, le plaisir se distille, chaque temps volé sur les orages et les bourrasques.
Paris est une fête. Je murmure mon merci, ma paisible gratitude, ma tendre reconnaissance...
Garder en moi dedans au chaud les moments de bonheur,
comme si je tricotais autour de mon coeur un manteau de douceur
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