Seule avec moi-même
Dans le chalet déserté
J'ai dormi cette nuit.
J'écris sur un imac blanc version de poche, en mac OS 9. Je ne peux pas insérer les images ou modifier automatiquement la mise en page, ce qui me demande des trésors d'ingéniosité pour trouver des solutions... présentables.. J'enregistre les java codes pour reformater les textes, diverses indications techniques que je trouve, et copie-colle... Ma grande fille insère les images depuis le PC de l'agence où elle travaille cet été... Même pas envie de changer de matériel, j'aime trop mon petit compagnon électronique qui m'a si souvent sauvé de soirées de détresse ou de solitude...
J'écris le soir, ou le matin au réveil, quand la maison est calme et que plus aucun bruit ne vient perturber le grand silence frisé de nos montagnes. Je pianote mon clavier posé sur mes jambes, assise dans mon lit. Ma chambre occupe la sous pente du chalet sur la façade sud. Deux grandes fenêtres en triangle découpent un paysage de vallées et de forêts incroyablement touffues, où les verts dessinent un paysage comme une marée sylvestre, découpée sur fond de ciel ciel. Ma chambre, mon refuge.
Les rideaux sont jaunes soleil, je les ai cousus dans un bout de tissu à la forme isocèle des grandes baies. Par la fenêtre on aperçoit aussi l'avancée du toit avec les bras de force qui soutiennent les chevrons sagement ordonnés. Sur les murs, du bois, un crépi blanc sommaire, encore du bois, et au sol un plancher clair. Mon lit est calé dans une sorte d'alcove entre la fenêtre et le retour de la petite salle de bain de l'étage, avec des bouquins partout. Une couette dans les rouge, ou jaune, ou lie de vin, ou orangé, les couleurs que je préfère dans mon environnement personnel, chaudes et rassurantes, comme un cocon souriant. Face à mon lit, un bureau fait d'une planche de bois, parsemé de papiers urgents qui se prélassent en attendant mon improbable disponibilité. Un écran d'ordi que je connecte à mon ibook pour retoucher les images, mais la plupart du temps je bidouille tout sur mon ibook. et une grande chaise de ministre que le papa de mes enfants m'a offerte il y a des années et que j'ai emportée partout. La voici revenue au bercail... Sur son dossier un foulard recouvert d'un imprimé ethnique qui lui aussi me connait depuis des siècles... A droite du bureau, dans le prolongement du bureau, des rideaux légers orange dissimulent la penderie qui court sur la longueur du mur. De retour à l'entrée de la chambre, le tout petit palier donne sur la toute petite salle de bain et des toutes petites toilettes qui me sont réservées...
C'est la seule pièce de l'étage. Le chalet a été construit en plusieurs étapes, au fur et à mesure de nos moyens. La base faisait un carré de 25 mètres carrés, sur deux étages plus la chambre dans la sous pente. Tout en bas, au niveau du sol, c'était l'atelier où le papa des filles a construit de chalet avec ses machines à bois. C'est devenu mon espace où je peins et dessine, et entrepose mes plexis au retour des expos, qui envahissent les murs de leurs mots et de leurs couleurs.
A l'étage accessible par un escalier en pierres taillé par le grand père, puis quelques marches en bois, le salon-cuisine-cheminée. Nous avons agrandi le chalet en deux temps, d'abord la chambre de ma grande derrière la cuisine, un drôle d'espace avec un bout de mezzanine. Puis quand j'attendais ma seconde fille, au retour de notre hier aux USA, nous avons élargi le chalet par le côté ouest, en ajoutant, un vrai salon, une chambre pour la seconde, et une mezzanine. L'atelier de menuiserie s'est aussi agrandi à l'étage inférieur.
Et puis je suis partie, six ans. Les filles n'ont jamais vraiment quitté la maison, elles y passaient tous leur week end et vacances. Comme si elles avaient deux maisons. Y revenir pour elles n'a pas été vraiment difficile, le terrain était resté très familier...
Nous avons repris la maison il y a deux ans, après la mort de leur papa. C'est la maison de mes filles, le troisième enfant de leur papa, je l'entretiens et je m'en occupe, fidèle à sa mémoire. Dans l'atelier, j'ai fait faire un appartement pour m'y installer le jour où les filles voudront reprendre leur maison. mais je n'en sais rien, c'est juste pour imaginer avec un petit coin à moi. Pour le moment il est loué à un jeune couple. Ici se loger est un vrai casse-tête pour les saisonniers ou les jeunes salaires. C'est le paradis à petit prix pour eux... Au dessous du chalet, le papa de mes filles a construit un petit "mazot" (petit chalet) où vit également un jeune couple. J'apprécie beaucoup leur présence discrète et bienveillante, dans ce village où nous sommes très isolées depuis notre réintégration dans la maison.
Parfois j'ai la sensation d'être "la Dame de Haute-Savoie"
Je n'ai jamais été attachée aux lieux. Attachée aux personnes qui vivaient dans ces lieux, oui, mais aux pierres, aux terres, non. Quand mon père est mort j'ai quitté la maison de mon enfance en région parisienne, pour ne jamais y revenir. Quand je suis partie d'ici il y a six ans, ce qui me manquait le plus, au débiut, c'était les arbres que j'avais plantés et que je ne voyais pas grandir...
Aujourd'hui ma vie est ici, c'est une réalité simple que j'admets...
Autour de la maison il y a des montagnes, des arbres, des vergers, une source, des vaches qui passent le matin avec leurs grosses cloches pour aller paître dans les grands champs en dessous, et qui remontent le soir dans le chemin pentu, leur pis frottent et laissent éclater des grands jets de lait à chacun de leur pas, juste avant la traite...
L'hiver on ne peut plus accéder à la maison en voiture, le chemin étroit d'accès est trop pentu. Il n'y a plus que du blanc, et le silence. Et les matinées passées à déneiger la grande cour avec le "râcle" ou à la pelle. Et les bonhommes de neige qui fleurissent aux côtés des arbres empesés de lourds manteaux d'hermine.
L'hiver il fait très froid. On chauffe au bois, avec une cheminée "à cassette", l'air chaud est pulsé à travers la maison. Dans les mois les plus froids, l'âtre ne suffit pas à nous donner la chaleur minimum de confort. Le matin il faut se lever tôt pour relancer la braise qui s'est éteinte.
Coté ouest, pour isoler et étanchéifier l'appartement qui a remplacé l'atelier, j'ai fait recouvrir la terrasse d'un plancher. Et j'ai ouvert le mur du chalet sur presque toute la longueur. C'est la vue que je préfère, elle donne sur un grand champ vierge et des vergers de paysage normand, avec la pente en plus... Avec le dérochoir au loin en plus, les falaises du désert de platé.
Quand je suis partie je croyais que je n'aimais plus rien de cet endroit sauvage et luxuriant. Aujourd'hui, j'ai parfois cette sensation étrange que des racines me poussent depuis l'intérieur... Cette sensation étrange que ce pays que j'ai fui est revenu me chercher, m'a ramené dans un bercail qui pourrait être le mien.
C'est là, chez moi.
Bonjour,
et bien tout ça me semble si beau, si plein de ressources, de chaleur humaine, de repos, de calme, comme dans un silence où naissent toutes les idées, toutes les sensations, les créations artistiques . . . un refuge. . . hummm. . .ça donne vraiment envie et ça me fait penser à Brassens poète aux longues heures de solitude dans son refuge sous les toits en pleine nature ;.)
je ne sais pas si tu as la musique à portée de main, mais au cas où, pour le petit plaisir de soirée avec un bon verre de vin blanc, " no surprises " de radiohead, un délice de première
je t'embrasse bien fort
Marieke
ce petit paradis c'est chez nous.
ce petit paradis qui au temps de papa et sophie devenait un endroit d'un couleur détestable et qui nous rejetait de chez nous, qui nous poussait. on aurait dit qu'il nous hurlait : "partez en voila des nouveaux, vous avez eu votre tour" !
cette sensation que sophie nous volait peu a peu notre chez nous, pour creer un chez eux. que c'est dure ...
puis un jour il est parti. elle est partie aussi. et la maison a hurlé : "revenez je suis seule, vide et triste"
et nous revoila ces trois petits bouts de bonnes femmes qui resitent contre les froids de l'hiver, les tempétes des vipers, et la haines de ces detestables etres humaines.
tu as eu 41 ans maman. et tu deviens plus belle de jour en jour. j'ai ce sentiment que tu t'apaises de plus en plus. surement grace a jacky qui t'apprend a ne pas te plaindre. je te remercie pour ces 15 ans que je vis en esperant que je te supporte encore long temps. et meme si je m'en vais. je t'aime. j'ai juste besoin de vivre la vie de mathilde. meme si la vie de anne, tiphaine et mathilde me plait enormement, celle de mathilde m'intrigue...
je t'embrasse fort
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