
"... Le projet photographique de Delphine intitulé L’album de famille peut être conçu comme une entreprise de recomposition d’un huis clos dans lequel elle a été et se trouve encore immergée. On ressent aussi fortement à travers les œuvres le besoin qu’éprouve l’auteur de s’empêcher de grandir, de rester fille avec sa vision de fille. Elle emprunte d’ailleurs aux enfants leurs manières tyranniques : en créant ses propres personnages à partir des vrais, Delphine prend possession de sa famille, en devient le cœur et la tête. Ce projet se poursuivant dans le temps puisque de nouveaux personnages interviennent dans sa narration. Delphine exprime, à travers ses photographies, la nécessité de transformer en personnages les êtres proches. Son univers familial est ainsi peuplé d’êtres mi-réels, mi fantastiques: le père aux mille cravates, qui se déguise en rocker dans sa garçonnière, quand personne ne le voit; la mère aux attelles, aux mille serre-têtes, au citron; la grand-mère dans ses brumes; le grand-père à la clé, gardien des secrets de famille; la tante cavalière, à la paupière cousue d’or; le maître-chien, rencontré par sa mère aux Emmaüs; le loup-garou du village..."
extrait de l'article de François Beaune.
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