Cette manie de fuir
même quand la grosse bête est
en papier mâché...
Dessin
sur papier journal, octobre 2007 anaka ©
Je la maintiens à distance
à coups de mots, mauves essors...
Movment, le salon de coiffure de Natacha
habille ses tout nouveaux murs de mes plexis,
du 2 novembre au 31 décembre.
Je plonge, je nage
Dans le tumulte intérieur
des lames, des épées
dessin sur papier
journal oct2M7 anaka ©
J'y croise des naufragés
Aux poumons pleins de larmes
De modestes pensées
Se promènent d'Est en Ouest
Par delà nos mondes
A4 collage - 14 octobre. 2007 -
anaka ©
Elles brodent le rare canevas
des tendresses inavouées
Peut-être sont-elles qui nous sauvent, ces pensées muettes qui nous sont adressées en secret, ce petit sifflement dans l'oreille qui nous dit en souriant, oh quelqu'un pense à toi. Parfois
il suffit simplement d'imaginer que cet inconnu autrefois familier, aujourd'hui untel sans nom ni visage, a lancé dans l'air une pensée qui nous caresse d'une brise impalpable. Le
frémissement d'une feuille sur lequel l'oeil s'arrête, le vol d'un oiseau qui emporte notre regard, autant de petits échos à une pensée silencieuse qui chemine, inlassablement, jusqu'à son
destinataire. Car pour peu qu'on tende l'oreille, que l'on prête attention au monde, elles nous parviennent toujours, ces pensées gracieuses. Elles réussissent toujours à se glisser jusqu'à
nous, ces pensées courageuses. Elles nous cherchent et nous rejoignent, ces pensées audacieuses. Pas forcément sous la forme qu'on leur prête, et c'est là toute la magie du monde. Au lieu
d'un mot depuis l'origine, une rencontre insolite. A la place d'un échange attendu, un partage inespéré. L'inattendu tisse la toile de tous les possibles, dans son champ germent des graines
d'espoir, des bourgeons de rires, de minuscules foetus d'humanité. Tout circule, s'en va puis revient, tout retourne en son centre. Au coeur des tempêtes, au beau milieu des typhons, l'oeil
du cyclone emporte avec lui les scories et nous lave de nos dernières réticences, de nos désenchantements, de nos maladresses. Alors à l'embryon s'offre une nouvelle
naissance.
Hé, la bête, tu rodes
comme une voleuse affamée
en quête de pitance
A4 collage - 14 octobre. 2007 - anaka ©
Mon corps n'est pas ton domaine.
Passe ton chemin, la bête.
Mauvais rêve. J'avais une tumeur dans le ventre, j'étais opérée, deux fois, consciente, je craignais le
retour de la maladie. J'entendais les médecins me confirmer la rechute. Je me suis réveillée emplie encore de cette crainte. A quel point la peur seule peut anéantir toute énergie... Où
commence l'intuition, où finit l'inquiétude. Attention, danger.
Et le renard dit :
S'il te plaît... Apprivoise-moi.
Je serai pour toi...
A6 collage - 14 octobre. 2007 - anaka ©
Je serai pour toi unique
Pour toi unique au monde.
-Qui es-tu? dit le petit prince. Tu es bien joli…
-Je suis un renard, dit le renard.
-Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…
-Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé
-Ah! Pardon, fit le petit prince.
Mais après réflexion, il ajouta :
-Qu'est-ce que signifie "apprivoiser"?
...
-C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie "Créer des liens… si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au
monde. Je serai pour toi unique au monde…
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
-S'il te plaît… apprivoise-moi! dit-il.
...
-Que faut-il faire? dit le petit prince.
-Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne
diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près…
Le lendemain revint le petit prince.
...
- Voici mon secret, dit le renard. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible
pour les yeux.... Les hommes ont oublié cette vérité. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens
responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé…
Une petite fille en pleurs
Dans un grand corps de femme.
Mais qui es-tu donc ?
A6 - sept. 2007 anaka ©
Dans ton langage d'oiseau
Tu parles l'idiome des vivants.
En toi demeurent des vivants. Des survivants d'un autre monde, d'une époque ancienne, d'un continent lointain. En toi demeure l'enfant qui n'est pas
devenu grand, celui qui est resté coincé entre deux pleurs, entre solitude et abandon, ou déni, ou indifférence. Marqué du sceau de la douleur il s'est cristallisé dans un repli de chair et erre
comme un fantôme à la recherche d'un réconfort.
Parfois il surgit par ta bouche, par tes yeux, ta peau, et la douleur est quasi intolérable, car lui ne sait que se frotter aux aspérités, s'entailler le derme sur les pensées
aiguisées, marcher sur des braises, s'enfoncer des clous d'évidence...
Soudain il hurle, son cri est si pitoyable, si déchirant, que l'adulte que tu es disparait dans les tréfonds de la conscience.
Comment savoir que c'est lui, ce tout petit enfant blessé, qui tient maintenant les rênes de l'attelage ?
D'abord tes chevaux s'emballent. Il n'est pas assez fort pour contenir la puissance de ton énergie vitale. Tu es en colère. Une colère sourde, qui recouvre ton horizon comme un ciel menaçant
chargé d'orages prêts à éclater. Un rien fait exploser les nuages, et se répandent les typhons d'imprécations contre l'automobiiste qui roule trop lentement, la caissière qui ne peut pas lire le
code barre, et puis les enfants qui sont trop des enfants, les gens qui rient trop, ceux qui te sourient, pourquoi, ceux qui te parlent, pourquoi, pourquoi. Tu pourrais tuer.
Cette colère-là est comme une arme que tu retournes contre toi.
Suit alors un désespoir sans fond, une tristesse incommensurable, ce sentiment d'être seul avec toi-même avec ton corps avec tes os, impuissant dans un monde qui t'étouffe et te menace. Seul
dans le désert du réel, en proie à la soif inextinguible de reconnaissance.
Ecartelé entre cette peur d'être approché au moment où tu es si vulnérable, et le désir intense qu'Un te prenne dans les bras et te berce, tu souffres.
Sache que.
Si tu luttes,
le combat tu perdras.
T'abandonner est le seul chemin.
Trouver sur ton chemin de ronces Un qui te prenne dans ses bras, te berce, s'adresse à ce tout petit enfant dévasté par l'absence, le silence, l'indifférence. Si le miracle survient, tu retournes
dans les monde des vivants, accompagné par cette foultitude qui t'habite, désormais plus confiante, plus sereine.
En toi un peuple entier peut vivre en paix.
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