Vendredi 31 août 2007
Ne pas se perdre
en doutes, quand tant d'écueils
parsèment ma route.
A6 - 23 août 2M7 - anaka ©
Un deux trois... Je compte les pas
Que je n'ai pas su faire.
en doutes, quand tant d'écueils
parsèment ma route.
A6 - 23 août 2M7 - anaka ©Un deux trois... Je compte les pas
Que je n'ai pas su faire.
Ca ne m'empêche pas, de marcher, de me lever, de sentir germer des idées de couleurs, de formes, de mots. Mais il y a un poids comme cette douleur dans mon épaule qui paralyse mon bras droit depuis quelques mois. Il bouge encore, ce bras, mais empesé et souffrant. Je ne peux plus compter sur lui pour me porter, il pourrait lâcher quand je m'appuie. La nuit il me réveille et me harcèle, je me tourne et me retourne, et l'élancement envahit jusqu'à mes doigts. Depuis quelques jours la gêne est quasi constante... Je n'aimerais pas ne plus nager comme avant, ces kilomètres avalés quatre fois par semaine dans un crawl régulier, le plaisir d'y puiser peu à peu un rythme dans lequel je m'absorbe jusqu'à me vider de toute pensée agitée. Juste nager.
Je me souviens tout à coup de ce texte écrit il y a longtemps... Le voici, au thème très à propos. Une femme nage pour s'éloigner de son amour perdu...
SIRENE DE LARMES
Un bateau dans une anse, au loin, point minuscule sur une mer d'huile. Ciel clos d'une nuit sans étoiles, minuit peut-être.
Une silhouette floue oscille sur le pont arrière. Petit bruit sec et mouillé d'un long plongeon, rencontre de deux éléments. L'eau s'est refermée sur le corps gracieux et rejette presque aussitôt les longs cheveux flottants. La lutte commence. Les bras entament leur folle course, l'un après l'autre projetés. Les pieds battants créent des petits jets bruissants. Nage, nage.
Cent cinquante mètres. Déjà le souffle s'est fait plus court. La palme râpe le dessus du pied. Douleur. Les mouvements se désaccordent et les gestes se précipitent. La tête fait surface vivement comme pour happer plus d'air encore. Un point sur le côté. Oublier, oublier son corps, l'esprit entier obscurci. Des mains grandes ouvertes, écarter l'eau et se propulser un peu plus avant. Trois cents, quatre cents. La tête bourdonne, les bulles glissent le long des joues comme des larmes de tempête. Comme c'est loin encore ! L'orage gronde dans la poitrine, le cœur bat la chamade. Six cents cinquante, sept cents.....
Une main énorme a saisi sa bouche. Un coup de couteau à chaque mouvement. Aspirer, souffler, tenir bon. Encore quelques dizaines de mètres pour asphyxier sa douleur. Compter, compter sans cesse avec acharnement, un mètre à chaque mouvement. Mille, mille cent, mille deux cents...
La douleur a fui. Anesthésie. Les gestes sont amples, le corps délié, la tête vidée jusqu'à l'inconscience. Les yeux mi-myopes derrière les lunettes embuées fixent l'horizon flou. Glisse, glisse, de plus en plus fluide. Le mouvement s'accélère, l'effort est facile, la progression aisée. À peine deux cents mètres encore. Un bras plonge, le pied frappe gaillardement la surface lisse.
Au bout du bras tendu, la terre ferme. La palme courbée heurte le sable mou. Elle trébuche, se laisse couler tout entière, puis saisit de ses deux mains les prothèses malhabiles. Les orteils délivrés tâtonnent timidement dans l'eau sombre, et s'enhardissent. Le torse émerge enfin. Elle s'ébroue doucement et lisse ses cheveux. Les lunettes ont laissé comme deux cicatrices intenses sous ses yeux. Elle flotte encore sur le sol soudain ferme. Elle tangue, esquif à la dérive emporté par les courants facétieux. Chassés à droite, entrechats à gauche, tantôt elle avance, et tantôt recule en un menuet chaloupé et baroque, fine silhouette divagant dans le crépuscule. La danse étrange l'éloigne peu à peu du grand drapé bleu. L'air vif mord sa peau encore humide. Frissonnante, elle s'enfonce dans la nuit.
Au loin dans la lumière crue, un petit point flou paraît tanguer à n'en plus finir.
Deux mille mètres en apnée.
Deux mille mètres pour noyer son amour déchu dans l'eau salée.
Je me souviens tout à coup de ce texte écrit il y a longtemps... Le voici, au thème très à propos. Une femme nage pour s'éloigner de son amour perdu...
SIRENE DE LARMES
Un bateau dans une anse, au loin, point minuscule sur une mer d'huile. Ciel clos d'une nuit sans étoiles, minuit peut-être.
Une silhouette floue oscille sur le pont arrière. Petit bruit sec et mouillé d'un long plongeon, rencontre de deux éléments. L'eau s'est refermée sur le corps gracieux et rejette presque aussitôt les longs cheveux flottants. La lutte commence. Les bras entament leur folle course, l'un après l'autre projetés. Les pieds battants créent des petits jets bruissants. Nage, nage.
Cent cinquante mètres. Déjà le souffle s'est fait plus court. La palme râpe le dessus du pied. Douleur. Les mouvements se désaccordent et les gestes se précipitent. La tête fait surface vivement comme pour happer plus d'air encore. Un point sur le côté. Oublier, oublier son corps, l'esprit entier obscurci. Des mains grandes ouvertes, écarter l'eau et se propulser un peu plus avant. Trois cents, quatre cents. La tête bourdonne, les bulles glissent le long des joues comme des larmes de tempête. Comme c'est loin encore ! L'orage gronde dans la poitrine, le cœur bat la chamade. Six cents cinquante, sept cents.....
Une main énorme a saisi sa bouche. Un coup de couteau à chaque mouvement. Aspirer, souffler, tenir bon. Encore quelques dizaines de mètres pour asphyxier sa douleur. Compter, compter sans cesse avec acharnement, un mètre à chaque mouvement. Mille, mille cent, mille deux cents...
La douleur a fui. Anesthésie. Les gestes sont amples, le corps délié, la tête vidée jusqu'à l'inconscience. Les yeux mi-myopes derrière les lunettes embuées fixent l'horizon flou. Glisse, glisse, de plus en plus fluide. Le mouvement s'accélère, l'effort est facile, la progression aisée. À peine deux cents mètres encore. Un bras plonge, le pied frappe gaillardement la surface lisse.
Au bout du bras tendu, la terre ferme. La palme courbée heurte le sable mou. Elle trébuche, se laisse couler tout entière, puis saisit de ses deux mains les prothèses malhabiles. Les orteils délivrés tâtonnent timidement dans l'eau sombre, et s'enhardissent. Le torse émerge enfin. Elle s'ébroue doucement et lisse ses cheveux. Les lunettes ont laissé comme deux cicatrices intenses sous ses yeux. Elle flotte encore sur le sol soudain ferme. Elle tangue, esquif à la dérive emporté par les courants facétieux. Chassés à droite, entrechats à gauche, tantôt elle avance, et tantôt recule en un menuet chaloupé et baroque, fine silhouette divagant dans le crépuscule. La danse étrange l'éloigne peu à peu du grand drapé bleu. L'air vif mord sa peau encore humide. Frissonnante, elle s'enfonce dans la nuit.
Au loin dans la lumière crue, un petit point flou paraît tanguer à n'en plus finir.
Deux mille mètres en apnée.
Deux mille mètres pour noyer son amour déchu dans l'eau salée.
A6 - 23 aout 2M7 - anaka 







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