Hé, la bête, tu rodes
comme une voleuse affamée
en quête de pitance
A4 collage - 14 octobre. 2007 - anaka ©
Mon corps n'est pas ton domaine.
Passe ton chemin, la bête.
Mauvais rêve. J'avais une tumeur dans le ventre, j'étais opérée, deux fois, consciente, je craignais le
retour de la maladie. J'entendais les médecins me confirmer la rechute. Je me suis réveillée emplie encore de cette crainte. A quel point la peur seule peut anéantir toute énergie... Où
commence l'intuition, où finit l'inquiétude. Attention, danger.
Et le renard dit :
S'il te plaît... Apprivoise-moi.
Je serai pour toi...
A6 collage - 14 octobre. 2007 - anaka ©
Je serai pour toi unique
Pour toi unique au monde.
-Qui es-tu? dit le petit prince. Tu es bien joli…
-Je suis un renard, dit le renard.
-Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…
-Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé
-Ah! Pardon, fit le petit prince.
Mais après réflexion, il ajouta :
-Qu'est-ce que signifie "apprivoiser"?
...
-C'est une chose trop oubliée, dit le renard. Ca signifie "Créer des liens… si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au
monde. Je serai pour toi unique au monde…
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
-S'il te plaît… apprivoise-moi! dit-il.
...
-Que faut-il faire? dit le petit prince.
-Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne
diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près…
Le lendemain revint le petit prince.
...
- Voici mon secret, dit le renard. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible
pour les yeux.... Les hommes ont oublié cette vérité. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens
responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé…
Une petite fille en pleurs
Dans un grand corps de femme.
Mais qui es-tu donc ?
A6 - sept. 2007 anaka ©
Dans ton langage d'oiseau
Tu parles l'idiome des vivants.
En toi demeurent des vivants. Des survivants d'un autre monde, d'une époque ancienne, d'un continent lointain. En toi demeure l'enfant qui n'est pas
devenu grand, celui qui est resté coincé entre deux pleurs, entre solitude et abandon, ou déni, ou indifférence. Marqué du sceau de la douleur il s'est cristallisé dans un repli de chair et erre
comme un fantôme à la recherche d'un réconfort.
Parfois il surgit par ta bouche, par tes yeux, ta peau, et la douleur est quasi intolérable, car lui ne sait que se frotter aux aspérités, s'entailler le derme sur les pensées
aiguisées, marcher sur des braises, s'enfoncer des clous d'évidence...
Soudain il hurle, son cri est si pitoyable, si déchirant, que l'adulte que tu es disparait dans les tréfonds de la conscience.
Comment savoir que c'est lui, ce tout petit enfant blessé, qui tient maintenant les rênes de l'attelage ?
D'abord tes chevaux s'emballent. Il n'est pas assez fort pour contenir la puissance de ton énergie vitale. Tu es en colère. Une colère sourde, qui recouvre ton horizon comme un ciel menaçant
chargé d'orages prêts à éclater. Un rien fait exploser les nuages, et se répandent les typhons d'imprécations contre l'automobiiste qui roule trop lentement, la caissière qui ne peut pas lire le
code barre, et puis les enfants qui sont trop des enfants, les gens qui rient trop, ceux qui te sourient, pourquoi, ceux qui te parlent, pourquoi, pourquoi. Tu pourrais tuer.
Cette colère-là est comme une arme que tu retournes contre toi.
Suit alors un désespoir sans fond, une tristesse incommensurable, ce sentiment d'être seul avec toi-même avec ton corps avec tes os, impuissant dans un monde qui t'étouffe et te menace. Seul
dans le désert du réel, en proie à la soif inextinguible de reconnaissance.
Ecartelé entre cette peur d'être approché au moment où tu es si vulnérable, et le désir intense qu'Un te prenne dans les bras et te berce, tu souffres.
Sache que.
Si tu luttes,
le combat tu perdras.
T'abandonner est le seul chemin.
Trouver sur ton chemin de ronces Un qui te prenne dans ses bras, te berce, s'adresse à ce tout petit enfant dévasté par l'absence, le silence, l'indifférence. Si le miracle survient, tu retournes
dans les monde des vivants, accompagné par cette foultitude qui t'habite, désormais plus confiante, plus sereine.
En toi un peuple entier peut vivre en paix.
Depuis les cimes
Le panorama offre
Une vue au sommet.
Dessin-dédicace, expo Samivel du Chateau
Saint-Maurice,30 septembre 2007 - anaka©
Regarde ce paysage
Et cette vie,
imprenable...
Depuis les arêtes de nos coeurs, parfois un horizon découpe nos existences à notre insu. Des tranches d'instant qui recèlent une éternité, des
failles de possibles qui ouvrent à l'inattendu, et se révèle un monde qui ne ressemble plus à hier, ni même à demain. Suffirait-il d'un geste pour faire s'envoler le papillon à
l'autre bout de la Terre. Pour réanimer un coeur qui ne battait presque plus, peut-être un geste un seul, oui, mais lequel. Dans cette ignorance se cache le trésor. Quand rien ne demeure
d'attente, d'espérance, de désir de sauver à tout prix ou de se battre jusqu'au bout, quand seule survient la fatigue, cette lassitude immense qui embrasse tout dans un silence de pluie. Alors
peut-être se met en marche la magie qui nous échappe. Et nous fait renaître. Oh le souffle est haletant, la santé précaire, entre deux une timidité neuve, renouvelée plutôt, on rougirait presque
d'un sourire...
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