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Jeudi 24 août 2006

 

Avant le départ

 

Le sac regorgeant d'envies

 

Je prends l'essentiel...

 

 

Le jour du départ, 25 août..., en clin d'oeil au dernier article de Fugen...

Bienvenue dans le grand voyage

Pour le trousseau, quelques indispensables...

 

 

une brosse à enlever les souvenirs qui collent ;

une serviette pour essuyer le nez qui coule et sécher le reste ;

un savon à frotter les résidus;

un doudou ;

une barre de chocolat ovomaltine, c'est pas bon mais c'est plein d'enfance ;

une BD de titeuf; le dernier par exemple sur sa vie rien qu'à lui ;

des bisous des filles ;

des grands silences frisés pliés en trois , ou quatre ;

des rires en boites avec une ouverture facile ;

des livres avec plein de pages blanches... enfin des cahiers quoi ;

Un crayon qui bave ;

Une bouteille de vive la vie.

 

 

Au retour pluvieux de Paris, ce 28 août au soir.

Les Paul sont d'arrivée...

Paola la siamoise et Pablo le gros gris

Nos beaux chats de chalet...

 

 

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Jeudi 24 août 2006

 

Dans un monde de mômes

 

J'ai vu voler un ange

 

Porté par la grâce

 

 

Deux petits jours au festival des Mômes du Grand Bornand. Juste un atelier à la journée avec les enfants qui passent, têtes de vaches, Gladys, Joséphine, Rosa, Lili, Marguerite, un troupeau entier à la fin de la journée collé sur les murs de la tente dans le grand pré près du torrent. 200 enfants, peut-être plus, venus poser leurs couleurs le temps d'ajouter une nouvelle tête au bétail de papier.

Il y a deux ans, j'ai passé la semaine, à peindre une "montée de lait" en couleur sur un mur de la ville de plus de 20 mètres de long. Et puis aussi à présenter l'impro picturo-musicale à la cérémonie d'ouverture. Et puis aussi à chanter dans le Toupines bar le soir.

J'ai retrouvé le goût de ces autres, tellement étranges balladins qui traversent le monde en chevauchant leurs rêves de gosses, des lunettes en 15 D sur le bout du nez qui leur font voir les lutins cachés sous les roulottes, parler couramment la langue de bons géants, ou marcher sur la tête quand leurs pieds sont en sang.

 

Ah. La ponctuation est revenue. Je respire mieux. La pression baisse. Même pas saigné du nez.

 

Manger à la "cantine" à côté des clowns dégrimmés et des acrobates au longs corps, S'enquérir de la santé de ses ignanes avec l'un ; il en a perdu un l'hier dernier, pendant qu'il était en tournée, le chauffage s'est arrêté et le reptile est mort froid... Evoquer le fracassement existentiel d'un champignon percussionniste, compliqué sa vie en battements de coeur, quand il parle les mots s'envolent et se disséminent avec le sens, ne reste qu'à incliner sagement la tête en signe d'approbation. Regarder passer au loin un escargot géant lancé à toute berzingue dans la grand-rue des gens de la rue.

Rire aux éclats d'un rire de quatre ans pas plus, devant les facéties de Tortell Poltrona le vieux clown dépenaillé et tendre.

Et puis céder à l'émotion devant la beauté la poésie de la famille Rasposo, qui nous convie sous son chapiteau à une tranche de vie chez les gitans. les musiciens extraordinaires en direct, un mariage à la Kusturica où l'espace qui vole en éclats, fumée et notes échappées, hommes volants, femme funambule derrière de rideau de tulle dans l'ombre rose d'un lendemain de fête. Oh comme c'était beau.

A peine deux petits jours, et des vies entières déroulées sous nos yeux, des vies prises dans le coeur que l'on n'oublie plus.

 

La rue, c'est gris la plupart du temps. On l'empreinte (... une fois marqué à jamais, ensuite et seulement, on "l'emprunte" aussi...), pour aller d'un point à un autre. Parfois on traverse au bon moment, juste sur le passage dans un autre monde.

Nous est revenue, intacte, cette idée saugrenue et lancinante de monter notre spectacle de rue. Lui disait hier, Malabar Princesse voilà un nom qui sonne... La princesse et le Malabar.

 

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Mardi 22 août 2006

Déballée la yourte

 

Pliés les draps dans l'armoire

 

Le travail assis, du.

 

J'ai saigné du nez encore ce matin Sous la douche Une tâche est venue se déposer sur mon sein J'ai pensé d'abord que je m'étais coupée Et puis une autre tâche Et puis un petit ruisseau rouge qui enfle avec l'eau qui ruisselle Le temps coule La vie s'écoule J'ai comme la vision de la fin de moi-même Toute cette tranquille aisance fissurée par la conscience de la fin des choses Je pense peut-être je vais mourir demain Est-ce que je me souviens de cette seule vérité La vie si brève et si charmante La vie si pleine et puis soudain le vide atroce Je pense que je pense trop J'attrape un petit coton pour cesser le flux qui maintenant glisse son goût âcre dans la gorge Le monde est comme arrêté Le calme étrange l'absence la nudité de l'air Je me sens seule à jamais Nue sous l'eau Nue dans le silence Une solitude comme un navire de haute mer qui fend le monde de son étrave pesante

Je m'essuie Je me sèche Je fais mon sac Je range la yourte avant le travail assidu J'ai mis la musique, mon coeur s'apaise ou plutôt se déploie Encore il bat encore il aime encore il espère d'inutiles chimères si indispensables pour entretenir le flux Trop de larmes versées Trop de sang séché dans les corps enterrés à jamais Il faut que ça sorte que ça sorte Je pisse le sang des absents Le sang des lâches Le sang traître de l'abandon Le sang de bourbe et aussi celui des bourbons.

J'ai une fuite de sang.

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Lundi 21 août 2006

 

 

Ecume de l'été

La marée à voix basse

Maugrée en ressacs

 

Un de ceux là-bas décrit le ventre d'un cauchemar. Au scalpel les rêves en sillons, les échappées oniriques dans le mugissement des chimères. Le matin au réveil, après les batailles haletantes aux bords d'un autre monde, l'univers est un drap blanc tendu entre deux corps immobiles.

Celui-là cet autre dessine un caillou blanc sur le chemin des songes. Suivre à la trace le pavé de gravier, Tom pouce à la dérive, sous les grands arbres s'étire la trace d'un sens.

Un autre a parlé à voix douce, de l'amitié des uns, de la froideur des autres, entre deux courants elle navigue sans savoir vraiment sur quel doigt compter.

Encore une autre. Assise dans l'herbe, de sa bouche s'échappent les mots comme une cohorte de fourmis laborieuses qu'elle a du mal à suivre du regard seulement. "Quand mon père est mort, dit-elle dans un brouillard de voix, il a laissé à mon frère et à moi la part de son intelligence supérieure. c'est pourquoi nous sommes tous deux une fois et demi plus intelligents...".

Elle reste coite.

Elle a envie de redevenir matière, organique, particule élémentaire, hélice d'adn. Limitée à ses sens qui parfois donnent le feu vert, et d'autres fois lui intiment de faire demi tour sans attendre. Elle a prétexté une fatigue. Ce n'est pas un mensonge. Devant l'eau du lac elle n'a même pas plongé. Elle a saigné du nez deux fois ces deux derniers jours. Et puis l'atelier à préparer pour demain.

Elle est partie vite, avec un gentil sourire, et bien caché dedans une envie impérieuse de prendre ses jambes à son cou.

 

Refuge au chalet déserté. La voiture est chargée. Pour demain. Les pinceaux, les papiers de toutes les couleurs, les gouaches, et puis aussi les adhésifs multicolores les crayons les feutres les gommes les tee shirts d'atelier les chiffons les petits pots en verre les grands sacs la bache en plastique les pinces à linge la corde. Le scotch. Les ciseaux. Oh comme elle aime ce joyeux désordre. Une tribu à elle seule.

 

Moins peur.

Mais dans le ventre une bête demeure tapie, avec un cerveau gris immense empli de pensées violettes, et aussi des grands bras maigres corrodés par le sel des larmes.

Dans la tête, le vent souffle entre ses tempes et efface ce qu'elle ne doit pas oublier.

 

 

Il y a une chose que je sais,

Mais j'ignore ce que c'est.

 

 

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Samedi 19 août 2006

 

 

Le ciel au coeur lourd

Gronde de pensées orageuses

La pluie est de sable

 

Petite fatigue du coeur, les nuits sont pleines des courses folles de Valdo dans les hautes herbes, les oreilles commes deux grandes ailes battant gracieuseusement les airs. On aurait dit qu'il prenait son envol, au ralenti..

Beaucoup de monde hier à la maison. La fête de mes quarante ans de l'année dernière que je n'ai pas faite alors, pour cause de tempête conjugale... Courir à droite et à gauche de l'un à l'autre sans vraiment voir personne. Epuisement. J'ai dit des bêtises juste pour rigoler, comme s'il me restait dans la tête que de pages blanches de bande dessinée à crayonner.

Les "grands" sont repartis. Restent les rires des vrais enfants. Je me sens vide comme un coquillage après la marée.

Les larmes montent un peu vite. Quel coeur trop désséché reste encore à abreuver ?

Petite baisse de fin d'été. Le soir sent l'automne frileux, c'est un peu vite, les tomates n'ont toujours pas rougi et déjà on ressort les petites laines.

 

 

...

J'ai un peu la pétoche.

 

 

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Jeudi 17 août 2006

 

 

Valdo est parti

Envolé le compagnon

à grandes oreilles...

 

Disparu le petit teckel qui nous envahissait depuis un an et demi, le petit insupportable et sa grande langue jamais lassée de lécher, et son grand nez toujours fourré partout, et ses petits cuisseaux durs comme des mini battes de base ball,

Envolé le petit pote affectueux qui jouait le tonton flingueur avec les chats de la maison, léchant les nouveaux nés, agaçant les plus grands, s'endormant lové contre la grosse paola fière et dédaigneuse.

Parti le mini mâle et son mini zizi turgescent à la moindre caresse, impossible à calmer, les ardeurs de ce minuscule étalon qui n'avait rien à se mettre sous le cuisseau, sinon les grandes pattes dodues du labrador du coin qui le laissait s'exciter dans une indifférence absolue.

Finies les exaspérations matinales, les appels du soir, les remontrances et les gros yeux qui se terminent en gros baisers sonores sur sa truffe humide.

Adieu mon valdo, trop court passage pour que la tristesse l'emporte, juste un léger blindage pour ne plus m'attacher, et au fond de moi cette petite phrase qui résonne : plus jamais, plus jamais de chien.

 

 

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Mercredi 16 août 2006

 

 

Grosse de leurs mots dits

 

Enceinte de tendresse avouée

 

j'accouche de moi-même.

 

 

Une journée en moi seule

Pourtant le monde alentour, mais rien ne me distrait de la pensée d'être, un être, à un autre unique...

Rien ne me détourne de ma vérité intérieure, un sentiment qui nait et se propage et fait germer alentour les mots et puis les phrases et puis les rires entre deux silences, et puis le reste qui ne dit rien.

Et puis tout le reste qui se tait et qui dit tout ce qui importe, pas de réponse au pourquoi au comment mais seulement des peut-être, des possibles, des embryons de confiance qui fécondent l'univers.

toi non plus tu n'es pas seul

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Mardi 15 août 2006

 

 

Plus jamais ce mal

Elle a juré, plus jamais

Ce bleu à son coeur

 

Comme si elle avait bu, elle est un peu sonnée, le monde vrille tout autour, l'air vrombit de mille insectes invisibles qui agacent ses tempes et font monter la migraine jusqu'au sommet de son crâne.

Elle a lu un peu vite, les mots qui lancent, les mots qui reprochent. Elle ne s'est pas attardé de toute façon elle a compris qu'il est trop tard à présent pour se faire entendre, se faire comprendre. Parce qu'il n'y a rien à comprendre.

Parfois son coeur est bleu et son âme pèse à lui couper le souffle, dedans comme le bruit des ciseaux qui découpent l'étoffe de ses rêves, à petits points percent son coeur effrangé sous prétexte d'ourlet.

C'est étrange, elle observe encore une fois la trahison des mots. Tout ce qu'elle veut dire se perd dans ce que l'autre entend. Tout ce qu'elle veut donner se transforme inéluctablement à l'autre bout en une menace, comme si elle était forcément celle qui voulait prendre, manger, dépecer l'autre jusqu'aux os le laisser en lambeaux...

Elle sait à présent combien elle est maladroite de ses dits trop crus trop à croire, qui sortent d'elle comme des petits êtres autonomes et se jettent dans les airs avec des hurlements de triomphe, des cris de jouissance, des tonitruements de désespoir.

 

Tout est excessif, la vérité se tient bien en retrait cachée dans le silence.

 

Aujourd'hui comme chaque jour depuis des semaines elle plonge dans le grand sommeil, ses nuits durent plus qu'il n'en faut, elle a la sensation de s'échapper à toute pensée à toute réflexion à tout besoin d'ici pour retrouver dans là-bas un refuge sans accent grave, sa petite maison dans la prairie, le gite sans fond d'un sommeil de plomb.

Elle veut croire, elle veut vivre, elle veut survivre à tout, elle le veut mais elle sait déjà qu'elle en a à peine la force. L'usure menace à tout instant, elle se doit de rester vigilante à ses petits assauts de désespoir qui parfois la saisissent par surprise.

 

Cette vie, cette vie, où personne ne comprend rien à personne...

Et cette fatigue, lancinante...

 

 

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Mardi 15 août 2006

 

 

Rouge est la colère

 

D'un sang chaud qui bouillonne

 

Le front écarlate.

 

 

Rouge est sa couleur, homme au sang noir d'encre et de verve.

Lui me jette au visage sa rage et sa désillusion,

Et me condamne au virtuel.

Il me faudrait encore baiser ses pieds,

Adorer ses dithyrambes insensées,

Encourager le vacarme ?

 

Il y a trop de tumulte dans cette tempête sans larme

Nul ne veut désormais ouvrir son coeur aux putréfactions

Il n'y a plus la ressource, de jeter l'un contre l'autre

tandis que l'autre demeure tout contre l'un,

De faire violence

De se vêtir de reproches et d'amertumes

 

 

Rouge est son empreinte, un rouge passion qui consume

 

 

Je voulais mettre dans ton âme des couleurs

Avec la ferveur d'un coeur simple, colorier autrement

De mes mains de peinture tes éclaboussures

 

Tu peux m'effacer de ta page,

Faire comme si je n'étais rien

Rien qu'un songe au creux de toi

 

Faire comme si je n'existe plus, toi oh trop déçu de cette humaine de chair amoureuse sans complexe et divagant aux éclats changeants de chaque jour, rien n'est jamais pareil au réveil, je reviens d'un voyage qui me laisse tantôt pantelante, tantôt misérable, parfois encore attachée comme une prisonnière en lambeaux aux images du passé, je rêve de mon père qui me sourit dans le lointain sans pour autant me prendre dans ses bras, parti déjà sur un autre rivage, je vois passer parfois le papa de mes filles avec un gentil sourire mais lui non plus n'est plus, il s'échappe quand je tends mes bras oniriques, et disparait pour son ailleurs auquel je ne suis pas conviée, tous ces gens effacés, et gravés, omniprésents et lointains, leur amour en filigrane comme un filtre sans substance qui m'empêche de toucher les vivants avec ma peau ma chair, mon sang...

 

Tu peux faire comme tu veux,

Tu demeures en mon coeur mon magicien

Mon âme tendre à qui je dédie mes pensées.

 

Rose est la couleur

 

De la charnelle humaine

 

Au sang écarlate

 

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Dimanche 13 août 2006

 

 

Dimanche sous la couette

 

Couleur d'un jour sans pensée

 

le repos de l'âme ?

 

 

Je maintiens cette vérité que le RESTE n'est que littérature et que seul compte le poids réel des mains de mon homme sur mon corps...

J'apprends à cesser de croire aux chimères aux mots qui parcourent des distances infranchissables quand ceux qui les prononcent ont renoncé à vivre dans le même univers, et se contentent d'un téléscope pour communiquer "de loin".

J'apprends juste la réalité au lieu de rêver à un fantasme de réel...

Je lis les mots du magicien, et je ne comprends plus rien à ce langage qui se tait derrière des métaphores et des allégories qui m'échappent.

Ai-je changé de langage, ou est-ce lui qui s'est perdu dans sa langue-mère ? Moi je ne suis ni sa soeur, ni le prolongement de son âme, j'entends la distorsion d'une musique qui ne veut plus toucher mais prendre la distance, et se réfugier vers d'autres peut-être plus conciliants...

Je tente une incursion dans le monde réel, au lieu de me réfugier dans un fantasme de réel...

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